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Rencontre avec Maxime Pallain

Loin de l’univers impitoyable des multinationales, le monde des start-up s’accompagne d’un esprit cool, jeune et ambitieux.

Maxime Pallain, directeur suisse de Raizers, propose une plateforme d’investissement en ligne permettant aux entrepreneurs de lever des fonds grâce à sa communauté d’investisseurs. Startuper lui-même depuis plusieurs années, il livre également quelques conseils aux jeunes entrepreneurs ou en devenir.

 

Socialize Magazine | Maxime Pallain, tu es le co-créateur et le directeur suisse de Raizers. Peux-tu nous parler de cette entreprise ?
Maxime Pallain | L’aventure Raizers a débuté avec mon associé Grégoire Linder en 2013 et est directement liée à notre premier projet entrepreneurial commun. En effet, entre nous deux, nous avions déjà plus de la moitié des fonds nécessaires. Certaines banques ont décidé de ne pas nous suivre. Cette réaction nous a particulièrement étonnés car nous pensions avoir les compétences nécessaires pour gérer une entreprise. Pour finir nous avons réussi à obtenir un financement, et cinq ans plus tard nous avons revendu notre société avec une belle plus-value (cinq fois supérieure à l’investissement initial). Fort de ce premier constat nous avons identifié qu’un nombre important de personnes compétentes ne pourraient jamais créer leur entreprise simplement à cause du financement. Le deuxième constat concerne le nombre croissant de personnes, plus ou moins fortunées, qui souhaitent investir dans l’économie réelle afin de choisir et maitriser leurs investissements. Pour faciliter la rencontre entre investisseurs et entrepreneurs, nous avons donc créé Raizers.

 

Comment se déroule la démarche liée aux investissements ?
Notre travail consiste dans un premier temps à recenser les demandes de financement. Depuis 2015, nous avons reçu près de 2000 demandes pour n’en garder que 45. Une fois sélectionnés, les produits d’investissement sont présentés sur la plateforme. Nous recensons des profils variés d’investisseurs : des fonds d’investissement, des banques privées, des conseillers en patrimoine, des family offices et évidemment des particuliers comme vous et moi ainsi que des business angels. Leur implication varie selon le projet mais les entreprises travaillant sur un produit et ou un service retail attirera plus d’investisseurs. Dans le cadre d’un projet complexe comme un logiciel, on trouvera à priori plutôt les investisseurs institutionnels.

 

Comment évalues-tu le succès de Raizers ?
Nous voulions profiter de l’appel d’air entre le manque d’implication des banques dans le financement des start-up et la volonté des particuliers de s’impliquer auprès d’une entreprise. Nous attirons aujourd’hui énormément de dossiers. Nous avons reçu 85 demandes de financement pour la seule semaine dernière dont une trentaine en Suisse et le reste en France, Belgique et Luxembourg. Notre communauté s’agrandit. Actuellement, nous comptons environ 32’000 membres et nous avons déjà levé 15 millions de francs pour des entreprises aux secteurs d’activité très variés. Nous sommes, par exemple, actifs dans le financement de la promotion immobilière. Nous avons financé 300’000 francs pour une des opérations en ligne le mois dernier en moins de quatre heures, alors que les intentions d’investissement se sont montés à 400’000 francs.

 

Tu as donc une double casquette d’entrepreneur confirmé mais aussi de startuper. Qu’est-ce qui pousse une personne à se lancer dans le monde de la start-up ?
Il y a deux aspects. En premier lieu, les medias présentent les start-up avec un côté glamour, notamment en se focalisant sur Facebook, Apple et autres success stories. Les conditions de travail sont très intenses, mais plaisantes. On travaille pour soi, pour un projet qui nous tient à cœur au sein d’une ambiance cool et dynamique. L’esprit startuper est actuellement tendance car il amène un vent de fraîcheur, un nouveau sens du cool.

C’est aussi un bon moment pour créer son entreprise car les politiciens ont bien compris l’intérêt des nations à innover et donc d’éviter à tout prix la fuite des cerveaux. Il y a une vraie volonté politique de légiférer en faveur de ces nouvelles entreprises innovantes. Sans parler du coté sympa et très communicateur des start-up. Donc dans certain discours, on peut ressentir de la récupération politique, mais ceci nous convient car cela ne dessert personne.

 

Cette reprise politique est pourtant une bonne nouvelle…
En Suisse comme en France, les gouvernements investissent des sommes importantes afin de préserver l’innovation in-house et de favoriser l’émergence de projets innovants. En Suisse, on se focalise beaucoup sur les secteurs fintechbiotechcleantechet dans le domaine des smart cities. Et des petites structures naissent dans ces marchés de niche. De plus, l’innovation permet le ralliement de la droite et la gauche politique sur ce thème. Donc oui, c’est une excellente nouvelle. Le point négatif concerne les startupers. Des personnes se lancent alors qu’elles ne devraient pas le faire.

 

Que veux-tu dire ?
Au-delà de l’aspect cool, l’univers de la start-up reste globalement incertain. Tout le monde ne supportera pas de vivre dans l’incertitude, dans des conditions parfois dures. Quoi qu’il arrive, une start-up évoluera en dents de scie. Positivement, les dents de scie seront ascendantes en attendant une stabilité. Dans le cas contraire, ce sera la chute. De plus, la vie de famille en est affectée car un entrepreneur vit constamment dans son travail. Les membres de la famille participent aussi à l’aventure ils doivent donc être des socles.

 

Dans ce cas, quelles sont les erreurs à ne pas commettre au début ?
Le glamour d’une start-up vient avec son lot de difficultés. On ne peut avoir l’un sans l’autre. Ensuite, en tant qu’entrepreneur, il est nécessaire de connaître ses forces et ses faiblesses. En ayant clairement identifié ses faiblesses, il faut se faire accompagner par un expert ou un associé nous permettant de combler nos défauts. Cet encadrement est crucial car savoir s’entourer est une étape vitale vers le succès. L’écosystème suisse favorise l’accompagnement avec des structures comme Genilem, Innovaud et RéseauEntreprendre. Avec ce cadre, l’entrepreneur augmente considérablement son taux de réussite.

 

Essentiellement des coachs ?
Les coachs peuvent intervenir sur certains points, financiers ou marketing notamment. Mais il faut aussi savoir s’entourer d’experts juridiques ou comptable par exemple, et bien sûr d’une excellente équipe. Un investisseur choisira principalement un dossier en fonction de l’équipe présente au sein de la start-up. Au sein de cette équipe, il faut pouvoir compter sur des personnes sachant s’adapter et être flexibles avec un certain don pour le « pivot » c’est souvent le terme employé pour signifier la flexibilité d’une société c’est sa capacité au changement ou à l’adaptation du modèle d’affaires. Lors du FOROM-Forum Economique Romand en septembre dernier à Yverdon-les-Bains, Manuel Leuthold, Président du fonds de compensation AVS, AI, APG Compenswiss disait qu’environ 90% des idées sont bonnes. En revanche, seules 10% des entreprises sont viables.

 

Comment favoriser le succès ?
En premier lieu, il faut être rigoureux, tout connaître sur votre société et toujours rester très précis. Il faut toujours essayer de négocier avec les fournisseurs. Dans le meilleur des cas, les négociations réussissent et vous obtenez des charges fixes moindres. Ensuite, il faut bien s’associer avec une personnalité avec un profil complémentaire. Tout le monde fait des bêtises, mais il faut avancer ensemble. En l’espace de six ans, jamais nous ne nous sommes fâchés avec mon associé. Il faut toujours mettre en premier l’intérêt supérieur de l’entreprise plutôt que les intérêts personnels. En dernier lieu, le recrutement est vital dans une société. Un seul collaborateur peut empoisonner l’ambiance d’une entreprise.

 

As-tu d’autres conseils considérés comme cruciaux mais au niveau financier ?
Il faut faire attention aux mauvaises dépenses. Il faut toujours se demander si on a besoin de la dépense à venir et aussi toujours se projeter à savoir si je dépense 100 combien je gagne et sur combien de temps. Je suis adepte de l’approche stratégique lean startup d’Erie Ries. Je prends un exemple. Admettons que je veuille démarrer un projet autour d’une voiture futuriste. Je ne vais pas dépenser des millions pour acquérir une usine, au contraire. Au début du projet, je vais dessiner mes voitures avec un graphiste et un mécanicien. Ensuite, je vais prototyper mon projet. Pour ce faire, je vais lever une petite somme d’argent afin de finaliser le prototype. En cas de succès du prototype, je vais créer un partenariat avec usine déjà existante pour l’industrialisation. J’évite les risques liés à un cash burn qui pourrait déraper. Je ne vais donc pas dépenser une somme astronomique au début, mais je vais le faire étape par étapes en levant de l’argent au fur et à mesure sans trop me diluer par ailleurs dès le début. Il est évident que ce principe ne s’accorde pas avec tous les modèles d’affaires. Lancer un restaurant ou un café ne s’adapte pas à l’approche lean startup. Par contre la capacité d’anticipation et de flexibilité convient à tous les secteurs. Il faut garder une certaine cohérence avec une bonne dose d’adaptation dans son business plan. Surtout, il ne faut pas oublier d’établir un budget serré et actualisé régulièrement afin de suivre sa ligne d’action à suivre.

 

Le financement est un obstacle souvent cité par les entrepreneurs. Comment vois-tu son évolution en Suisse ?
En Suisse, les barrières liées au financement se lèvent peu à peu. Avec les différentes initiatives économiques et politiques comme la Swiss Entrepreneurs Foundation, on observe enfin une véritable intention. La Finma, l’autorité de surveillance des marchés financiers, a aussi donné un coup d’accélérateur. En l’espace de quelques temps, la structure s’est muée en visionnaire, menant ainsi des démarches proactives auprès des start-up et des nouveaux modèles d’affaires. La Finma demande notre avis sur les besoins et nécessités des start-up et nous écoute attentivement.

 

Et au niveau des banques ?
Toute la problématique liée aux banques et au financement est un faux sujet selon moi. Il est nécessaire d’être clair sur un point : le métier de la banque évolue avec les changements liés aux nouvelles règles comme MIFID2, Bâle III, etc. Il y a désormais des ratios de liquidités et autres joyeuseries à respecter. Du coup, elles ne peuvent pas prêter de l’argent à tout le monde.  La banque prête lorsqu’il y a des garanties financières sérieuses, mais ce n’est pas son métier de prêter à des jeunes sociétés présentant un risque potentiel énorme, ou en tout cas ça ne l’est plus. Ce faisant, elles laissent une place de choix pour un nouveau métier et de nouvelles sociétés comme Raizers.

 

Tu prônes la viabilité financière via le financement participatif. Comment vois-tu son développement en général ?
C’est un marché en plein boom car les cadres se clarifient. Le crowdinvesting qui était une sous-catégorie du financement d’entreprises devient désormais une alternative concrète en matière d’investissement. En parallèle, les Etats favorisent l’investissement dans les jeunes entreprises pour les développer plus vite. Nous travaillons même sur certains sujets mains dans la main avec eux sur des problématiques de co-financement.

 

Et en Suisse ?
Les gens se rendent compte du pouvoir de leur investissement via le crowdinvesting. Ce nouveau type d’investisseurs est considéré comme un partenaire de premier choix. Avec la crédibilité de l’autorité de marché, la deuxième validation vient du marché et des investisseurs. Ainsi, on observe une certaine euphorie des investisseurs qui choisissent une plateforme et décident de participer au financement et ils ont raison, rendez-vous compte depuis quand les épargnants peuvent enfin savoir ou est réellement placé leur argent ?

 

Comment vois-tu l’évolution du marché ?
Les volumes vont continuer à augmenter et ça va s’accélérer. Il y aura une consolidation des plateformes généralistes et spécialisées. Avec Raizers, nous sommes experts dans ces deux catégories. Car nous avons aujourd’hui 9 plateformes spécialisées, entre autres, dans l’immobilier, le cinéma, la mobilité. Et ce modèle va persister. On remarque aussi que tous ceux qui prédisaient une bulle dans le marché du crowdinvesting, sont à côté de la plaque. Autrefois, ce type d’investissement était seulement ouvert aux banquiers privés, aux family offices et à leurs réseaux, aujourd’hui nous ne faisons que de l’ouvrir au plus grand nombre, donc c’est un changement de pratique global et non une bulle qui s’installe, nous ne spéculons sur rien et nous sommes bien là pour longtemps.

Article issu du magazine Socialize, rédigé par Tiago.

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