
Beaucoup s’interrogent sur la possibilité de réaliser une donation de 150 000 € tous les 10 ans sans payer d’impôt. Une question loin d’être anodine dans un pays comme la France, où la pression fiscale figure parmi les plus élevées.
Cette idée largement répandue est-elle vraiment fondée ? Quelle est la meilleure stratégie fiscale pour optimiser la transmission de son patrimoine et protéger ses proches ? Donations sans impôt, abattements attachés à l’assurance-vie, cumul d’avantages fiscaux… les leviers pour échapper à l’impôt ne manquent pas !
À en croire certains, il serait possible de réaliser une donation de 150 000 € tous les 10 ans sans payer d’impôt. Malheureusement, cette assertion populaire est fausse.
En l’état de la législation actuelle, deux solutions méritent d’être mentionnées :
Étonnante à première vue, la rumeur du « don défiscalisé de 150 000 € tous les 10 ans » peut s’expliquer par plusieurs facteurs :
Plébiscitée par les Français, l’assurance-vie est un produit d’épargne qui permet de transmettre son patrimoine à moindre frais. La raison ? Au moment du décès du titulaire du contrat, l'argent épargné est transmis hors succession. De quoi échapper partiellement aux droits de succession particulièrement élevés en France.
Un particulier qui ouvre une assurance-vie (souscripteur) peut verser de l’argent (primes) tout au long de la vie du contrat. Lorsque ces primes ont été épargnées avant le 70ᵉ anniversaire du souscripteur, chaque bénéficiaire profite d’un abattement de 152 500 €.
Autrement dit, à son décès, le souscripteur d’une assurance-vie peut transmettre jusqu’à 152 500 € à chaque bénéficiaire, sans que ces derniers ne paient d’impôt. Ainsi, un couple disposant de deux contrats d’assurance-vie peut transmettre jusqu’à 305 000 € à leurs enfants sans fiscalité.
Au-delà de 152 500 €, le capital est taxé de la manière suivante :
À noter que cette imposition s’applique uniquement aux primes versées par le souscripteur, et non aux gains et plus-values réalisés.
En cas de primes versées après le 70ᵉ anniversaire du souscripteur, la fiscalité applicable au décès devient moins favorable : l’abattement n’est alors plus que de 30 500 €, soit près de 5 fois inférieur à celui des versements avant 70 ans.
De plus, cet abattement de 30 500 € est commun à tous les bénéficiaires, contrairement aux versements effectués avant 70 ans, où l’abattement s’applique par bénéficiaire.
Lorsque la valeur du contrat excède 30 500 €, les primes intègrent la succession. Résultat : lors du décès, les sommes excédentaires sont soumises aux droits de succession classique (entre 5 et 45 % selon les cas).
Décédée il y a un mois, Martine a épargné 50 000 € sur son assurance-vie, dont 5 000 € de gains. L’ensemble du capital a été placé après ses 70 ans. L’abattement étant collectif, ses 3 enfants seront taxés de la manière suivante :
Les assurances-vie souscrites avant le 20 novembre 1991 sont de véritables trésors fiscaux. En effet, tous les versements réalisés avant le 13 octobre 1998 sont exemptés d’imposition. Ici, il n’est plus question d’abattements, d’âge du souscripteur et de base taxable : l’exonération est totale.
Ce type d’exonération n’étant pas près de se reproduire, clôturer un tel contrat doit être mûrement réfléchi, au risque de fragiliser la transmission de son patrimoine.
En l’absence d’assurance-vie, le capital transmis lors d’une succession est plus lourdement taxé. Si des abattements sont également prévus, leur montant dépend du lien de parenté avec le défunt :
Dans tous les cas, l’abattement de 152 500 € attaché à l’assurance-vie reste plus avantageux que ceux prévus par le droit commun des successions (en dehors du conjoint, qui bénéficie d’une exonération totale dans les deux situations).
Lors de la succession, certains bénéficiaires d’une assurance-vie découvrent avec amertume un montant inférieur à celui affiché sur le dernier relevé annuel du défunt.
Il ne s’agit pas d’une erreur, mais de l’application des prélèvements sociaux, fixés à 17,2 %. Cette imposition concerne uniquement les plus-values et les intérêts générés par l’assurance-vie, sauf si le souscripteur s’en est déjà acquitté de son vivant.
En principe, le capital épargné sur un contrat d’assurance-vie est indépendant de la succession.
Afin d’éviter les abus, l’article L132-13 du Code des assurances permet au juge de réintégrer à la succession des primes jugées manifestement exagérées, voire de requalifier le contrat en donation déguisée.
Résultat : au lieu de profiter des avantages fiscaux liés à l’assurance-vie, les bénéficiaires sont taxés selon les règles classiques de la succession, ce qui augmente le niveau d’impôt.
Pour apprécier le caractère excessif des primes versées, deux principaux critères entrent en jeu :
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Le cadre légal de l’assurance-vie reste inchangé en 2026. Si cette stabilité est rassurante pour les épargnants, un durcissement de la fiscalité à partir de 2027 ne doit pas être écarté. En effet, en 2026, plusieurs pistes de réforme, finalement avortées, ont été évoquées : hausse de la CSG, imposition plus lourde en cas de dépassement du seuil de 152 500 €...
Mobiliser les deux parents est une excellente stratégie pour optimiser les donations. En effet, chaque parent peut cumuler l’abattement de 100 000 € et le don familial de 31 865 €. Au total, les parents peuvent transmettre 263 730 € sans fiscalité à chaque enfant (131 865 € x 2).
Non, mais il est possible de se rapprocher de cette somme en utilisant deux leviers distincts : Profiter de l’abattement de 100 000 € tous les 15 ans en cas de donation ou réaliser un don familial défiscalisé à hauteur de 31 865 € tous les 15 ans (uniquement pour les enfants majeurs et les donateurs de moins de 80 ans) Ces deux dispositifs étant cumulables, un parent peut donc donner 131 865 € nets d’impôt par enfant.
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